Où nous discutons avec le Commissaire Cointreau
Mademoiselle Puce répugnait à aller rencontrer le Commissaire Cointreau, mais il le fallait. Ce gros pacha empoté, traité aux petits oignons par tout le monde à la préfecture, se donnait des airs omniscients et semblait tout imbu de la vénération qu’il inspirait auprès d’employés qui courbaient l’échine devant tant de magnanimité. Cointreau s’était fait une réputation de grand enquêteur à la préfecture, par la manière habille qu’il avait de s’approprier le travail des autres, mais aussi par la notoriété qu’il avait acquise dans Capitaleville, grâce au choix judicieux qu’il mettait à se mêler des enquêtes qui le mettraient en valeur dans les journaux et les hautes sphères mondaines. Cointreau mettait plus d’acharnement comme homme du monde, que comme travailleur. Et cela avait été payant. Son ami M. Lecourrier lui avait été fort utile pour aboutir là où il était : dans un énorme et confortable fauteuil cramoisi et capitonné, derrière un bureau d’acajou ornementé qui seyait à merveille avec l’énormité de sa personne.
- Que me voulez-vous, mon petit? Soyez succincte, j’ai peu de temps à vous consacrer.
Cointreau était en effet, jusqu’à l’arrivée de Mademoiselle Puce, dans la lecture du plus récent épisode de son feuilleton favori, Les Mystères de Capitaleville, publié dans la dernière parution du Capital – qu’il avait maladroitement dissimulé devant lui sous une chemise ouverte à la hâte.
- Je… c’est à propos du Commissaire Lerou.
Le niveau d’intérêt de Cointreau baissa d’un cran – il n’en avait que faire de cette andouille de Ferdinand. Il intima Puce à poursuivre sa requête, non que le sort de Lerou le préoccupât, mais bien parce que l’occasion d’avoir la jolie secrétaire devant soi lui permit d’admirer ses charmes.
- Éh bien, nous n’avons plus de nouvelles de lui depuis un moment. Et je suis inquiète.
- Oui, bien sûr, bien sûr, répondit distraitement Cointreau. Mais l’enquête sur la fille du maire, avance-t-elle?, demanda-t-il soudain avec l’empressement d’un vautour tournoyant sur une carcasse encore chaude.
- C’est le statu quo, en quelque sorte. (Le gros commissaire parût déçu). Mais il était sur une piste, et semble avoir disparu en allant interroger un suspect, le Docteur Luisant.
- Ah, Luisant! Un type bien!, s’exclama le patron de Lerou. Je le côtoie chaque semaine lors de nos rencontres de… de bridge, oui.
Puce se demanda un moment comment un homme aussi stupide que Cointreau pouvait faire preuve d’intelligence en jouant à ce jeu, mais écarta rapidement ce détail pour poursuivre son idée.
- Je crois qu’une recherche s’impose, Monsieur, que l’on doit intervenir auprès du suspect…
- Luisant n’est pas un suspect, coupa brusquement Cointreau, et vous n’avez pas de conseils à me donner, mon petit. Vous n’êtes qu’une misérable secrétaire, retournez à votre bureau, vous avez certainement quelques travaux de sténologie…
- Sténographie, rectifia Puce.
-… peu importe! Ne m’interrompez pas et je vous intime pour la dernière fois de disposer…
Il prononça ce dernier mot d’une voix grasse, empreinte de méchanceté.
- Et surtout laissez Luisant… hors de tout ça.
- Dites-le au Commissaire Lerou, répondit Puce, frondeuse.
- Faites-lui le message quand il reviendra! (Puis il ajouta, sur un ton insistant) Parce qu’il reviendra…
30 oct. 2009
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1 commentaires:
Il faudrait que je me discipline et que je me trouve du temps pour lire les autres chapitres. J'ai lu le premier jusqu'ici.
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