Tête à tête avec le péril
- Mais il y a encore tant de choses que j’aimerais savoir à propos de cette affaire, dit Lerou.
- N’avez-vous point entendu, monsieur le commissaire?, s’impatienta Thomas de Belfort, Monsieur Ziegler propose de nous faire sortir d’ici et de sauver ma chère Élena! Nous discuterons des détails plus tard!
- Je crois que notre jeune et fringant compagnon a raison, ajouta Louis-Henri Diantre. Nous devons partir d’ici avant que Luisant n’apprenne que nous sommes… ses prisonniers. Et ce, sans même avoir fait l’effort de nous attraper!
- J’ai déjà tenté de m’échapper une fois, commença Ziegler. Malheureusement, ma tentative fut déjouée… par nul autre que le Commissaire Lerou ici présent!
Tous furent étonnés par cette affirmation. Lerou, un peu offusqué et franchement confus, demanda des explications au scientifique. Ziegler expliqua qu’il avait tenté une évasion par la grande porte d’en avant, mais que le Commissaire et sa secrétaire, venus rencontrer Luisant, cognaient à la porte à ce moment précis. Ziegler avait donc dû jouer au majordome, alors qu’il cherchait à devenir fugitif…
- J’en suis, monsieur, tout à fait désolé, s’excusa Lerou. Si j’avais connu votre situation…
- Ne vous excusez pas, répondit Ziegler. Ce fut un tour bien malin du destin. Je fus malgré cela réconforté de savoir que la police commençait de s’intéresser au Baron Luisant. Cependant, c’est à partir de ce moment que je fus confiné dans cette cellule. Avant cela, je pouvais aller presque librement de par le manoir. C’est à ces occasions que j’ai pu voir Élena… et faire la connaissance des criminels aliénés au service du Baron…
Tant de questions brûlaient les lèvres des compagnons de fortune : comment allait Élena? Qui étaient ces sbires? Quels étaient les motifs du Baron? Mais à cette heure, une seule question devait être posée en priorité : comment sortir d’ici? Diantre avait la clé de la cellule; cette première étape ne devrait pas causer problème, étant donnée la configuration de la serrure. Mais ensuite, par où aller? Retourner par le souterrain, et ainsi affronter à nouveau les Hommes-rat? Où passer par le manoir lui-même et risquer de tomber face-à-face avec le Baron où ses sbires malveillants, criminels aliénés de surcroît?
Ils n’eurent pas le temps d’élaborer de plan. Des pas se firent entendre à l’extérieur de la cellule. On venait!
Tous se cachèrent derrière le mobilier rudimentaire, sauf Ziegler qui resta au centre de la pièce, et Diantre qui s’adossa au mur, derrière la porte. Celle-ci s’ouvrit subitement, et un homme entra, toisant Ziegler.
C’était un homme brut, habillé de vêtement robustes et sales, pantalons et pourpoint beigeasses et usés. Il ressemblait à un marin, ou un brigand, mais possédait dans son allure une aura de mystère et d’intensité. Un bandeau noir recouvrait son œil gauche, tandis que son œil droit se cachait sous une mèche de cheveux noirs, de sorte que l’on ne pouvait voir son regard. Son visage dur, sans expression et sans âge, sous ses cheveux longs, inspirait la peur mais aussi une certaine fascination.
- Que se passe-t-il ici Monsieur Ziegler?, demanda-t-il simplement d’une voix douce et rauque.
Le brigand n’aura pas eu le temps de s’interroger trop longtemps; Diantre poussa la porte violemment, assommant le nouveau venu, et laissant la voie libre à ses compagnons.
- Voilà messieurs, nous pouvons sortir!, lança-t-il aux autres.
C’était sans compter les six autres brigands qui attendaient à l’extérieur du cachot!
Les évadés furent pris par surprise devant les hommes armés qui venaient d’assister à la mise au tapis de leur chef. La rage apparut sur leurs visages sales, et leurs bouches esquissèrent des rictus dévoilant leurs dents malsaines. L’évasion ne serait pas si facile…
Ziegler fut le premier à se jeter sur les brigands. Tentative vaine et stupide, puisque Ziegler n’était pas l’homme au physique le plus approprié pour l’attaque au corps à corps. Il se débattit pourtant avec une vigueur démesurée et hurla : « Fuyez! Fuyez! Trouvez le phrénographe et détrui... Ahhh! »
L’homme de science s’écroula au milieu de la bande de brutes; les fuyards, quant à eux, n’avaient pas tardé à suivre son conseil. Dans le brouhaha de l’attaque désordonnée de Ziegler, Diantre et ses compagnons s’étaient glissés hors de la cellule, empruntant le chemin par où les brigands étaient venus : l’escalier qui mène au premier étage du manoir du Baron Luisant. Laissant le corps inerte, poignardé, de Ziegler, les hommes de main du Baron se mirent à la poursuite des évadés.
Les fuyards montèrent l’escalier, puis parcoururent un long couloir noyé dans la pénombre. Ils furent bientôt dans le grand hall du manoir, devant les portes de sortie, mais un homme se tenait au centre de la pièce, les mains derrière le dos, droit, magnanime.
Le Baron Luisant les accueillit d’un grand rire tonitruant qui résonna dans l’air de la grande pièce. Derrière Diantre, Lerou et de Belfort, les hommes de main les tenaient en respect avec leur poignards menaçants.
- Bienvenue chez moi, chers amis!, lança simplement le Baron. J’allais me mettre à table, je vous prie de vous joindre à moi! La salle à manger est par ici…
Et il les mena vers une porte à double battant, où ils découvrirent une longue table où l’on avait mis le couvert pour de nombreux convives…
2 oct. 2009
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